





Un chef-d'oeuvre embématique du maniérisme : la Découverte du corps de Saint Marc (v. 1550) par le Tintoret
Né vers 1530, le courant maniériste, largement influencé par la peinture de Michel-Ange, s'est imposé dans toutes les capitales artistiques d'Europe jusqu'au début du XVIIe siècle, où il s'est "dissous" dans le Baroque. Mal compris (on l'assimile, en France, à un style "maniéré"), c'est pourtant de ce foisonnement que naîtra la maîtrise du mouvement et des lignes du corps dans la peinture. A la grâce glorifiée par Raphaël ou Léonard de Vinci, succèdent l'élan et le "geste".
Si les termes de "baroque" ou de "classique" sont assez bien connus, et vont jusqu'à nous évoquer des images, de dorures et de colonnes torses pour le premier, des fastueuses modénatures du château de Versailles pour le second, le mot de "maniérisme" reste mystérieux. Serait-ce un art "maniéré", un "super-baroque", si possible encore plus doré et tortueux ?
"Maniérisme" vient de l'italien "manera" qui signifie "style". Ce terme n'évoque donc rien de "maniéré".
En 1512, lorsque fut dévoilée la voûte de la Chapelle Sixtine, à Rome, peinte par Michel-Ange (les murs ne seront réalisés qu'en 1534), ce fut un choc dans le monde artistique. Après Raphaël et Léonard de Vinci, leur maîtrise, la beauté qu'ils rendaient, l'harmonie de leurs compositions, il semblait aux artistes que plus rien de neuf, de "meilleur" ne pouvait être fait.
Le maniérisme personnel et génial du Greco : l'Enterrement du Comte d'Orgaz (1585-1588)
C'est cet homme, ce Michel-Ange, qui n'était même pas peintre, mais sculpteur et architecte, qui donna la voie d'une vision nouvelle. Il avait fondé, dans le domaine de la sculpture, un nouveau canon de beauté, des corps athlétiques, musclés, capables de toutes les torsions au service de la ligne, dans l'optique de compositions larges et pleines de sens. Il maîtrisait parfaitement le dessin et l'anatomie, l'architecture et la perspective : sa Chapelle Sixtine est pleine de profondeur et de mouvement.
Rome était alors sans doute le principal centre artistique d'Europe, avec la présence des mécènes riches, généreux et grands amateurs d'art qu'étaient les papes. Malheureusement, l'un deux s'opposa à Charles-Quint et ce fut le brutal sac de Rome par les mercenaires du Connétable de Bourbon en 1527, qui donna lieu à pillages et exactions et qui vida Rome de ses artistes. Cette "migraton artistique" diffusa largement l'influence de Michel-Ange dans toute l'Italie : cette exploration de nouvelles voies artistiques par l'imitation (au sens large) de Michel-Ange fut nommée "maniérisme".
L'un des plus prestigieux représentants du courant maniériste fut Le Tintoret. Il fut élève du Titien, et l'on constate une filiation certaine entre les oeuvres de l'un et de l'autre, mais, si Titien appartient encore à l'"école" de Raphël et de Léonard, le Tintoret appartient clairement au courant maniériste.
En Espagne, le Greco a donné une définition très personnelle du maniérisme, avec, par exemple, l'Enterrement du Comte d'Orgaz, son manifeste artistique.
Ce courant fut essentiellement italien, même si un greco-espagnol (El Greco) et des maîtres d'Europe du Nord s'y sont illustrés : on peut même dire que, comme le baroque, ce courant est essentiellement catholique, "fruit" de la Contre-Réforme.
Sur le Maniérisme, on peut se tourner vers un livre très documenté, toujours disponible en librairies : La Haute Renaissance et le Maniérisme, par Linda Murray.
D'occasion, l'excellent livre de Howard Hibbard : Michel-Ange, Peintre, Sculpteur, Architecte.
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